
Quand les premières neiges tombèrent, elles furent belles et silencieuses. Le village se couvrit d’un manteau blanc immaculé, et certains rirent encore en passant devant la maison hérissée de pointes.
« Elle va voir maintenant, son toit ridicule va s’effondrer sous le poids de la neige », disaient-ils.
Mais l’hiver ne s’arrêta pas là.
Les jours suivants, la neige s’accumula sans relâche. Puis vint la pluie verglaçante. La neige se transforma en glace lourde, compacte, dangereuse. Sur les toits lisses du village, d’énormes plaques gelées commencèrent à se former, prêtes à glisser d’un seul bloc.
Une nuit, un craquement terrible fendit le silence.
Le toit de la maison des Martin céda sous le poids. La glace tomba comme une lame, brisant l’auvent, détruisant la porte, manquant de peu de tuer le fils aîné qui sortait à ce moment-là. Les cris réveillèrent tout le village.
Puis ce fut la maison suivante. Et encore une autre.
Les toits ordinaires devenaient des pièges mortels.
Alors les habitants levèrent les yeux… et virent la maison de la vieille femme.
Sur son toit, la neige ne glissait pas d’un seul bloc. Les plaques de glace se brisaient en dizaines de morceaux en heurtant les pieux acérés. Chaque chute était fragmentée, affaiblie, inoffensive. Le poids était réparti. Le toit tenait bon.