— Alors c’est toi, le héros ? lança la voix, traînante, pleine d’un mépris assumé.
Scott sentit son pouls marteler dans ses tempes.
— Qui est-ce ? gronda-t-il, chaque syllabe glaciale.
— Le mari de ton ex. Celui qui élève TON fils pendant que tu joues à la guerre à l’autre bout du monde.
Un rire sourd suivit.
Scott ferma les yeux. Ce rire — c’était celui d’un homme convaincu qu’il avait tout le pouvoir.
— Écoute-moi bien, dit Scott, la voix basse, tranchante. Je jure devant Dieu que si tu touches encore une fois—
— Tu feras quoi ? coupa l’homme.
Tu vas quitter ton petit terrain de jeu au Moyen-Orient ?
Sauter dans un avion ?
Tu crois que t’es Rambo ?
Un bruit sourd.
Comme si quelqu’un jetait le téléphone sur une table.
La ligne coupa net.
La tente autour de lui sembla tourner un instant.
Felix et Bernie avaient arrêté de parler.
Ils fixaient Scott — et ils comprenaient.
Pas besoin de mots.
Ils l’avaient vu entrer dans cet état une ou deux fois, avant des opérations trop lourdes pour être racontées.
— Ice…? murmura Bernie.
Scott inspira lentement, profondément, comme on inhale avant de plonger dans une eau glaciale.
— Je pars. Maintenant.
Felix fronça les sourcils.
— Faut l’autorisation du commandement. C’est impossible de quitter le pays sans—
— Pas seul, corrigea Bernie, un sourire sombre étirant sa bouche.
On ne le laisse jamais partir seul.
Scott les regarda — ces hommes qui avaient risqué leur vie à ses côtés, encore et encore.
Des frères qui comprenaient l’urgence sans explications.
Des hommes qui savaient ce que signifiait la menace contre un enfant.
— Les gars, ce n’est pas votre—
Felix posa une main sur son épaule.
— Ice, ferme-la.
Ton fils est en danger.
Donc ton fils devient notre mission.
Dans le jargon des Rangers, cela voulait dire une seule chose : priorité absolue.
Scott ne trouva pas les mots.
Alors il hocha la tête.
Bernie attrapa la radio.
— J’appelle le major Reynolds. On va obtenir le transport. Je m’en charge.
Felix fit tourner son fusil sur son épaule.
— Et s’il n’approuve pas ?
Bernie sourit, terriblement calme.
— Alors on monte dans l’oiseau quand même.
Scott savait qu’ils le pensaient vraiment.
Ce n’était pas des fanfaronnades.
Dans cette équipe, la loyauté était une religion.
Il se tourna vers la sortie.
Le soleil couchant découpait son ombre comme celle d’un géant.
— On part dans vingt minutes, dit-il.
Équipement léger.
On rentre à la maison.
**
Deux heures plus tard, un hélicoptère CH-47 décollait discrètement de la base, rotors battant l’air chaud de la nuit syrienne.
À bord, Scott fixait le sol sans vraiment le voir, des milliers de pensées tournant comme des balles en ricochet.
Chaque minute passée en vol était une minute où Tommy restait seul avec cet homme.
Felix s’assit à côté de lui.
— Ice… tu vas le sauver.
Tu nous entends ?
Tu vas ramener ton fils.
Scott serra les dents.
Il répondit d’une voix basse :
— Je vais ramener mon fils.
Et cet homme…
Il va apprendre ce que signifie s’en prendre à un enfant de Ranger.
Le CH-47 vira vers l’ouest, emportant avec lui trois soldats déterminés, silencieux, terrifiants dans leur calme.
Ils ne revenaient pas simplement d’un déploiement.
Ils rentraient pour la guerre.