
La nuit tomba sans douceur, avalant le désert dans une obscurité violette et froide. La chaleur écrasante céda la place à un vent sec qui fouettait la peau et sifflait entre les rochers. Elle trébucha derrière un amas de pierres, le souffle court, la vision troublée. Chaque pas était une lutte contre l’épuisement. Chaque battement de son cœur résonnait comme un tambour dans ses tempes.
Au loin, un bruit de moteur déchira le silence.
Elle se figea.
Les phares apparurent à l’horizon, deux éclats pâles se déplaçant lentement sur la piste poussiéreuse. Son sang se glaça. Il l’avait retrouvée. Boone n’était pas homme à abandonner ce qu’il considérait comme sa propriété.
Elle se força à bouger, rampant presque jusqu’à une dépression du terrain où quelques buissons rabougris offraient un semblant de dissimulation. Elle s’y laissa tomber, retenant sa respiration. Les phares balayèrent la plaine, s’attardèrent un instant non loin de sa cachette, puis poursuivirent leur chemin.
Le moteur s’éteignit.
Le silence qui suivit fut pire que le bruit.
— Je sais que tu es là, lança une voix portée par le vent. Tu ne peux pas aller loin.
Son ton était calme. Trop calme.
Elle serra les dents pour empêcher un sanglot de lui échapper. La peur menaçait de la paralyser, mais quelque chose d’autre naissait sous cette terreur — une étincelle fragile, mais tenace. Elle n’était plus seulement une épouse en fuite. Elle était une femme qui refusait de disparaître.
Les pas crissèrent sur le gravier.
Il se rapprochait.
Ses doigts rencontrèrent une pierre lourde, à moitié enfouie dans le sable. Elle la saisit sans réfléchir, ses mains tremblantes retrouvant une force inattendue. L’ombre de Boone se dessina sur le sol, étirée par la lumière des phares.
— Tu me forces à être dur, dit-il d’un ton presque las. Tout cela aurait pu être simple.
Il fit un pas de plus.
Alors elle se leva d’un bond et frappa.
La pierre heurta son épaule avec un bruit sourd. Il vacilla, surpris plus que blessé. Elle ne lui laissa pas le temps de réagir. Elle courut, dépassant la peur, dépassant la douleur, guidée par une seule certitude : survivre.
Derrière elle, un juron éclata, suivi du bruit précipité de pas.
Mais cette fois, elle ne courait plus au hasard.
Au loin, très loin, elle aperçut une lueur différente — fixe, blanche, régulière. Pas des phares. Une maison, peut-être. Ou une station-service isolée le long de la route.
Un espoir.
Ses poumons brûlaient, ses jambes cédaient presque sous elle, mais elle continua. Chaque mètre la rapprochait de cette lumière. Chaque mètre la rapprochait d’un choix.
Derrière elle, la silhouette de Boone réapparut sur la crête, sombre contre le ciel étoilé.
— Reviens ! cria-t-il. Tu es à moi !
Elle ne se retourna pas.
La lumière grandissait.
Et pour la première fois depuis l’aube, elle sentit que l’obscurité n’était peut-être pas la fin de son histoire.