
Mes doigts tremblaient tandis que je faisais défiler les fichiers audio enregistrés sur la tablette. Il y en avait plusieurs, datés de différentes nuits. J’en ai ouvert un au hasard.
D’abord, seulement des bruits étouffés. Puis une voix familière.
La voix de Mark.
« Elle est trop occupée par son travail. Elle ne remarque rien », disait-il à voix basse.
Une autre voix répondit, froide et professionnelle.
« L’enfant est fragile. Une légère modification du traitement suffit. Personne ne remettra en question un diagnostic. »
Le sang quitta mon visage. C’était la voix du docteur Reynolds.
Je lâchai la tablette, comme si elle m’avait brûlée. Tout ce que Caleb avait écrit était vrai. Il n’avait pas halluciné. Il n’avait pas eu peur pour rien.
Mon propre frère. Le médecin à qui je confiais la vie de mon fils.
La nausée me submergea.
Je compris alors pourquoi Caleb avait dit qu’il ne pouvait plus me protéger. Il avait vu. Il avait entendu. Et ils l’avaient fait taire.
Je n’ai pas pleuré. Pas encore. Quelque chose en moi s’est durci, comme si la douleur avait été remplacée par une lucidité glaciale.
Je savais une chose : si je restais dans cette maison, je serais la prochaine.
J’ai pris quelques vêtements, mes papiers, la tablette, et l’enveloppe de Caleb. Avant de partir, je me suis arrêtée une dernière fois dans sa chambre. J’ai posé ma main sur son lit.
« Je te le promets », ai-je murmuré. « Je vais dire la vérité. »
Mon téléphone vibra soudainement.
Un message.
Numéro inconnu.
« Tu as trouvé ce qu’il ne fallait pas. Il est encore temps de te taire. »
Mon cœur s’emballa.
Je ne répondis pas.
Je quittai la maison par la porte arrière, sans allumer les lumières. La nuit était silencieuse, trop silencieuse. Une voiture était garée au bout de la rue, moteur éteint.
À cet instant, je compris que ce n’était pas seulement une histoire de trahison familiale.
C’était une chasse.
Et désormais, je n’étais plus une mère en deuil.
J’étais un témoin.
Et ils feraient tout pour m’empêcher de parler.
À suivre…