Lorsqu’elle poussa la porte de la cabane, ses mains tremblaient encore.
Yusha était assis près du foyer, en train de réparer quelque chose — le bruit du métal contre le métal résonnait doucement. Il releva la tête aussitôt.
« Zainab ? Tu es rentrée plus tôt. »
Elle resta immobile.
Le silence entre eux était différent cette fois. Plus lourd. Plus fragile.
« On m’a dit… que tu n’étais pas un mendiant. »
Le bruit cessa.
Le feu crépita.
Puis plus rien.
Yusha posa lentement l’objet qu’il tenait.
« Qui t’a dit cela ? »
« Ça n’a pas d’importance. Dis-moi si c’est vrai. »
Il s’approcha d’elle, mais sans la toucher.
« Oui », dit-il enfin.
Le mot tomba entre eux comme une pierre dans l’eau calme.
Le cœur de Zainab se serra.
« Alors… qui es-tu ? »
Un long souffle.
« Je m’appelle Yusha Al-Hadi. Mon père possédait des terres. Beaucoup de terres. J’ai étudié en ville. J’avais une maison. Une famille respectée. »
Elle sentit le monde basculer.
« Pourquoi… ? »
Sa voix se brisa.
« Pourquoi vivre ici ? Pourquoi me laisser croire que tu étais… »
« Parce que c’est ce que ton père voulait croire. »
Le silence devint tranchant.
« Il me devait de l’argent », continua Yusha calmement. « Une somme qu’il ne pouvait pas rembourser. Quand il a appris que je cherchais une épouse… il m’a proposé un marché. »
Le souffle de Zainab devint court.
« Un marché… »
« Il pensait m’insulter. Me punir. Me donner sa fille aveugle comme si elle ne valait rien. Il croyait m’humilier. »
Sa voix changea alors.
Plus douce.
« Il ne savait pas que j’avais déjà entendu parler de toi. »
Elle fronça les sourcils.
« Entendu parler de moi ? »
« Une servante de votre maison parlait souvent d’une fille qui lisait le braille dans le noir. D’une fille qui pleurait