
Partie 2
Fonseca resta immobile, la main encore posée sur la poignée de la porte. Pendant une fraction de seconde, il pensa céder, s’effacer, laisser entrer la Mère Supérieure comme l’exigeaient les règles tacites du respect. Mais l’image de la vidéo lui revint en mémoire — le regard terrorisé de sœur Inés, les coups violents à la porte, la phrase interrompue.
Quelque chose n’allait pas.
« Désolé, ma sœur… les procédures ne permettent pas l’accès pour le moment », répondit-il, tentant de garder une voix stable.
Le sourire de la femme ne disparut pas. Il s’élargit légèrement, presque imperceptiblement.
« Mon fils, je comprends votre travail. Mais cette enfant était sous ma responsabilité. Je dois prier pour elle. Cela ne prendra qu’un instant. »
Derrière lui, Fonseca sentit Camilo retenir son souffle.
Trois coups. Une pause. Trois coups.
Le même rythme que dans la vidéo.
Le sang de Fonseca se glaça.
« Non », dit-il cette fois, plus fermement. « Vous ne pouvez pas entrer. »
Le silence tomba entre eux. Puis, lentement, la Mère Supérieure inclina la tête.
Et pour la première fois, son regard changea. La douceur disparut, remplacée par quelque chose de froid… d’ancien.
« Vous devriez être prudent, docteur », murmura-t-elle. « Certaines portes, une fois fermées… ne protègent plus personne. »
Elle fit un pas en arrière. Puis un autre. Et sans détourner les yeux, elle se retourna et disparut dans le couloir sombre.
Fonseca referma immédiatement la porte à clé.
« On appelle la police. Maintenant », dit-il en se retournant vers Camilo.
Mais au moment où il prit son téléphone, l’écran de l’ordinateur derrière eux se ralluma tout seul.
La vidéo.
Elle continuait.
Les deux hommes se figèrent.
Sœur Inés était de nouveau à l’écran, mais cette fois, la caméra tremblait légèrement, comme si elle avait été déplacée à la hâte. La porte derrière elle vibrait sous des coups répétés.
« Si vous voyez ça… c’est qu’ils sont déjà venus me chercher », dit-elle, la voix brisée. « Écoutez-moi attentivement. Le couvent… ce n’est pas un lieu de foi. C’est une façade. Elles ne sont pas… humaines. »
Un craquement violent retentit derrière elle.
Elle se rapprocha de la caméra, les yeux emplis de larmes.
« La Mère Supérieure… elle ne vieillit pas. Les dossiers ont été falsifiés. Certaines sœurs disparaissent… et d’autres prennent leur place. Si mon corps est encore intact, c’est parce qu’elles n’ont pas eu le temps de— »
La porte céda dans un fracas assourdissant.
L’image vacilla.
Dans l’obscurité derrière elle, plusieurs silhouettes se tenaient immobiles. Trop immobiles. Leurs visages restaient dans l’ombre, mais leurs yeux… reflétaient la lumière d’une façon anormale.
Sœur Inés hurla.
La vidéo se coupa net.
Un silence de mort envahit la pièce.
Camilo recula lentement.
« Docteur… dites-moi que c’est une blague… »
Mais Fonseca ne répondit pas.
Parce qu’au même instant, un bruit métallique retentit derrière eux.
Très lentement, il tourna la tête vers la salle d’autopsie.
Le tiroir réfrigéré où reposait le corps de sœur Inés…
était en train de s’ouvrir.