
Elle tremblait. Pas légèrement, mais comme quelqu’un qui a tenu trop longtemps avant de s’effondrer. Pendant une fraction de seconde, nous restâmes là, à nous regarder, comme si aucun de nous ne savait quoi faire ensuite.
« Je peux entrer ? » demanda-t-elle enfin. Sa voix était basse, presque honteuse.
Je m’écartai sans réfléchir. Elle passa devant moi, lentement, comme si chaque pas lui demandait un effort immense. L’odeur du café froid et du linge propre remplissait l’appartement. Un contraste absurde avec l’état dans lequel elle se trouvait.
Elle s’assit sur le bord du canapé, les mains serrées l’une contre l’autre. Je refermai la porte, tournai la serrure, puis restai debout, mal à l’aise. Au bureau, elle était toujours entourée de gens. Assistants, directeurs, ingénieurs. Ici, à cinq heures du matin, elle était seule. Et c’était moi qui me tenais là.
« Je suis désolée, » dit-elle. « Je sais que ce n’est pas approprié. Ni professionnel. Ni raisonnable. »
Je hochai la tête. « Est-ce que… est-ce que tout va bien ? »
Elle eut un rire bref, sans joie. « Non. Rien ne va. »
Le silence retomba, lourd. Puis les mots sortirent d’un seul coup, comme si elle craignait de perdre le courage de parler.
Elle parla du divorce. Pas celui des communiqués officiels ni des rumeurs de bureau. Le vrai. Les nuits sans sommeil. Les avocats. La maison vide. La sensation d’échouer non seulement comme épouse, mais comme être humain. Elle parla de la pression constante, de la peur de montrer la moindre faiblesse, de ce masque qu’elle portait chaque jour au travail.